Ton travail est profondément ancré dans la photographie de rue. Dans ce type de photographie, il n’y a souvent pas le temps de réfléchir - il faut simplement réagir à ce qui semble juste sur le moment. Qu’est-ce qui te pousse instinctivement à t’arrêter et à cadrer une scène?
Ce qui attire mon regard, ce sont ces petits instants du quotidien que la plupart des gens ne remarquent même pas. Je pense que c’est justement ce qui la rend si particulière. Cette spontanéité, si l’on peut l’appeler ainsi, est ce que j’apprécie le plus.
Je suis attiré par le quotidien, par ces moments que l’on tient souvent pour acquis. Avec le temps, ces petites choses sont devenues quelque chose de vraiment spécial pour moi.
Le fait de ne pas avoir le temps de réfléchir et de simplement réagir instinctivement en fait partie. Il y a une sorte d’intensité silencieuse dans ces moments - être pleinement présent pendant une seconde, puis elle disparaît.
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Il existe un dicton en Espagne : « Donne-lui l’aumône, femme, car il n’est rien dans la vie comme la peine d’être aveugle à Grenade ». Si quelqu’un parcourait Grenade avec ton regard pendant une journée, que commencerait-il à remarquer que la plupart des gens ne voient pas ?
Je pense que lorsqu’un environnement nous est peu familier, il est en réalité plus facile de rester curieux. Parce que c’est différent de ce à quoi je suis habitué, comme ici à Grenade, je fais naturellement plus attention. Je remarque des choses que je ne verrais pas d’ordinaire.
Au final, je photographie simplement ce qui me semble particulier ou différent.
Peu importe l’endroit ou le contexte. Je reviens toujours aux mêmes choses : de petits instants, une belle lumière et des détails qui résonnent en moi.
La lumière semble jouer un rôle central dans ton travail. Comment la perçois-tu et comment l’utilises-tu lorsque tu photographies ?
Je suis très attiré par la façon dont la lumière se comporte, pas seulement en photographie, mais aussi dans la vie quotidienne. J’aime ce qu’elle fait à un espace, à un moment. Elle peut transformer complètement quelque chose de simple en quelque chose de spécial.
Quand je travaille sur des projets plus personnels - photographie de rue, architecture ou intérieur - la lumière est presque tout. Elle apporte de la profondeur, du contraste et de l’émotion. Elle rend les choses moins ordinaires et, d’une certaine manière, aide l’image à raconter une histoire.
Cela dit, pour la mode, j’aborde la lumière différemment. Je préfère généralement une lumière plus neutre et équilibrée, qui ne domine pas le sujet. J’essaie donc de m’adapter en fonction de ce que je photographie.
Ton travail reflète souvent un fort sens du lieu. Comment les différents endroits où tu as vécu ou voyagé ont-ils influencé ta manière de voir et de photographier le monde ?
Beaucoup, en réalité. Avant de voyager ou de vivre ailleurs, je n’accordais pas la même importance à ces moments du quotidien, propres à chaque lieu.
Quand on reste longtemps au même endroit, on s’habitue à tout. Cela devient normal et on ne remarque plus les petites choses. Mais dès qu’on part ou qu’on découvre d’autres lieux, on commence à voir les choses différemment.
Pour moi, cela m’a permis d’apprécier davantage ce que j’ai chez moi. J’ai commencé à remarquer les détails, l’atmosphère, l’authenticité d’un lieu.
Je pense que chaque endroit a son propre caractère, et je suis toujours curieux de comprendre ce qui le définit. Mais en même temps, il m’est souvent plus facile de capturer cette sensation dans des lieux que je connais bien, comme ma ville natale, car il y a là une connexion plus profonde.
« Il y a une forme d’intensité silencieuse dans ces moments — être pleinement présent l’espace d’une seconde, puis tout disparaît. »
Dans un monde où tout va de plus en plus vite, qu’est-ce qui t’attire vers des moments plus calmes et plus silencieux dans ta photographie ?
J’aime beaucoup cette question, parce que c’est exactement ça, tout semble aller trop vite.
Depuis que la photographie est passée d’un hobby à mon travail, j’essaie de l’aborder de manière calme et intentionnelle. J’ai l’impression que lorsqu’on précipite la créativité, ou quelque chose qui nous tient vraiment à cœur, cela perd une partie de sa valeur.
Pour moi, ralentir est essentiel. Cela me permet de vraiment voir et ressentir ce que je capture.
En même temps, la photographie est devenue une forme de thérapie. C’est quelque chose que j’apprécie profondément, et l’un des rares moments où je peux vraiment me déconnecter du reste.
Qu’aimerais-tu que les gens ressentent ou retiennent lorsqu’ils regardent tes photographies ?
Plus que tout, j’aimerais que les gens ressentent quelque chose de vrai.
J’essaie de transmettre mes propres émotions dans ce que je photographie, pour qu’ils puissent, d’une certaine manière, voir ce que je vois, à travers mes yeux, même si ce n’est que pour un instant.
Et en même temps, j’aimerais qu’ils aient l’impression d’y être. Comme s’ils partageaient cet espace ou ce moment avec moi, même si ce n’est que pour une seconde, un instant très court, presque imperceptible.
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